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Al-miftah de Zad Moultaka
Concert-spectacle pour un percussionniste, bandes sons, images et mécanismes.
Zad Moultaka rassemble dans Al-miftah, la clé, des souvenirs du Liban des années 70, d’avant et pendant la guerre. Cette mémoire s’incarne dans des objets, des sons, des images à valeur sentimentale et affective. Entre documents d’archives, album familial, mémoire sensorielle et interprétation onirique, un parfum d’enfance surgit sous une forme artistique nouvelle. Claudio Bettinelli, percussionniste, joue, parle, arpente l’espace. Il est l’homme qui évolue dans cet univers mental et sensoriel.



« L’avenir est fixe, cher Monsieur Kappus, c’est nous qui nous déplaçons dans l’infini de l’espace » R. M. Rilke, Lettre à un jeune poète
« Lorsque j’ai cherché à la trace les objets de ma propre enfance, ce ne sont pas les objets de ma propre enfance que j’ai retrouvés mais les choses de l’enfance en tant que telle. » Christian Boltanski
La fétichisation agit de l’objet aux icônes, attribue des pouvoirs magiques aux choses insignifiantes, aux survenues de l’actualité, des idoles et de la population médiatique ou politique. Inventaire d’un quotidien se ritualisant sans cesse, le réel est utilisé ici comme matériau de création. Histoire de la « seconde peau » dont parle le plasticien Christian Boltanski.
Un homme, seul, agit sur ce passé, le rend à sa présence persistante.
Sur une scène, se déroulent, étranges, huit tableaux. Ils apparaissent comme une succession de rêves fugitifs. Ils déclineront tour à tour les différentes composantes de la mémoire, de la personnalité, de la contemporanéité d’une société au bord de la guerre, d’un être au bord de l’exil. Des réminiscences des images télévisuelles qui façonnent l’idée du monde extérieur, aux petits refrains, aux slogans, aux héros de sitcom, aux visages des orateurs historiques, au pas suspendus des danseurs de dabké, aux gestes culinaires d’une veille de fête, d’une polyphonie arabe réinventée, d’une étrange horloge géante, tout s’incruste dans l’imaginaire, dans une dimension poétique, féerique. Tout commence dans le noir et la lumière crée des apparitions : simulacres, souvenirs ou épiphanies. Le son joue également un rôle presque autonome, singulier, plastique, comme une sculpture. Un grand écran sera le lieu du surgissement du lointain dans le temps et dans l’espace. La présence d’un homme sur scène, évoluant entre les ombres, questionnant sa finitude face à cet écran fixe, tantôt espace du souvenir, tantôt reflet d’un avenir imaginé ou lieu de la rebellion et du refus, agit sur le réel, déjouant les clivages entre imaginaire, vérité intérieure et réalité.