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PABLO MÁRQUEZ, guitare

La musique comme souffle par Frédéric Deval

La Casona del Molino, à Salta (Argentine), un jour de mai 2003.
En plein air, dans le patio, des poètes qui chantent et des chanteurs qui poétisent.
J’entends cette langue qui chante, un espagnol que relève une intonation qui se perche, et surtout une autre respiration de la phrase. Cette respiration, je l’entends chez les gens de Salta, chez les Indiens que je croise, comme Balbina Ramos, sur les hauts plateaux de la Puna, chez Dino Saluzzi dans le gonflement de son bandoneon, et j’apprends à reconnaître l’empreinte des langues indiennes dans le castillan arrivé jusque là.
Evidence : toutes les musiques que vient habiter Pablo Márquez de son corps musicien respirent cette langue invisible.
Dans la mémoire du for intérieur, où toutes dates sont abolies, j’entends s’élever dans le silence nocturne du cloître de l’abbaye de Fontfroide l’Hommage à Debussy de Falla. Je suis la trajectoire de la Sequenza de Berio. Je suis emporté par le prodigieux Calvario de Zad Moultaka. Je reconnais dans les chacareras de Cuchi Leguizamon le souffle même de la langue salteña. Et ce souffle-là vient habiter la mémoire des pièces de Bach ou du Renacimiento espagnol que Pablo affectionne.
Pablo Márquez pense la musique, toutes les musiques, comme souffle ; et il a pensé le souffle avec l’espace intérieur, on pourrait dire l’espace pulmonaire, qu’a configuré en lui la Salta de son enfance. Tout son travail de musicien aura consisté à écouter cet inspir/expir, et à traduire l’air en son.
Quels que soient les musiciens. Quelles que soient les esthétiques.
Devant cette force, ni géographie ni histoire ne prévalent. Pour que nous respirions avec lui, à Salta, Paris, Bâle ou Tokyo. En cela, il est un musicien-monde, un musicien-mémoire. Un sculpteur de souffle, de ce souffle qui donne un visage à l’homme.
Mais : de quoi Pablo Márquez joue-t’il ?

Septembre 2015