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Ziya Azazi Icons

ICONS
Ziya Azazi s’est associé à la grâce de la belle Loreta Juodkaite, dans une chorégraphie qui mêle sans répit tournoiement et jaillissements. La trompette de Serge Adam porte la magie du spectacle : sons rauques ou lumineux, violents ou langoureux, rythmes effrénés. Les éclairages du plasticien light designer Lutz Deppe ajoutent au mystère de l’ascension et de la chute, thèmes au cœur de la recherche du chorégraphe. Les danseurs brûlent littéralement la scène et leurs corps dans le défilement d’une passion déchaînée qui relie rituel, tradition et avant-garde.
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A PROPOS DE ICONS

Depuis 2000 et jusqu’à ce jour, le travail de Ziya Azazi est concentré sur le tournoiement et la répétition. Les pièces qu’il a créées pendant cette période illustrent sa propre analyse de la pratique des danses soufies et son souci de les revisiter, de les moderniser. Un des traits remarquables de cette recherche réside dans une paradoxale concomitance entre un éveil physique et mental exceptionnel et un état de quasi transe. C’est dans ce domaine précis que Ziya Azazi a recherché les transformations que la vitesse et le tournoiement, tout en altérant les sens, peuvent entrainer au niveau mental et spirituel. Le solo joyeux de Ziya dans lequel la dance derviche classique se métamorphose a transformé la tradition en une forme spectaculaire et a ouvert la voie à une possibilité de rituel personnel libéré des limites et des contraintes de la foi. Travail collectif constitué de duos ou de trios, Icons diffère sensiblement des créations précédentes. Bien sûr, l’approche répétitive et progressive que nous pouvons trouver dans Azab, Azan ou Dervish in Progress est toujours présente dans Icons. Le tournoiement est toujours la base de la chorégraphie. Mais dans cette pièce, il va déconstruire l’image de derviche tourneur et inviter une partenaire à la fête. Il ne s’agit plus simplement d’une expérience solitaire du tournoiement mais des possibilités ouvertes par des rencontres. Au delà de l’état de conscience provoqué par le tournoiement répétitif, nait un espace de rencontres, d’échanges, de collisions avec d’autres corps. L’engagement d’un second personnage crée de nouveaux possibles pour mettre en évidence la dichotomie entre petit et grand, masculin et féminin, solide et fragile, actif et passif dans leur approche traditionnelle ; le port de jupes vient briser ces clichés en se jouant des genres, des tailles et de la puissance des corps. La jupe a toujours été un élément significatif dans le travail de Ziya Azazi. Pour lui, ce n’est pas seulement le costume du derviche ni non plus un simple complément esthétique. C’est davantage une métaphore qui sert à régler leur compte aux conventions. Tout au long de la pièce, la jupe va constamment se modifier, permettant aux icones de se construire et de se déconstruire. Au-delà du costume traditionnel, elle peut être une silhouette géante dissimulant un danseur invisible et donc un être en soi, elle peut être le voile qui cache les visages masculin ou féminin, elle peut devenir la cape d’un matador, elle peut devenir un corps que l’on porte et avec lequel on danse en duo ; une couverture sous laquelle on se cache ; un objet de plaisir avec lequel on joue ; un terrain de bataille ; une peau dont on peut se défaire. Icons est constitué d’une série de fragments. Chaque fragment est construit pour devenir une icône, qui disparaît dans son autodestruction. Ces icones sont interconnectées et unifiées par un lien invisible. Dans ces icônes, chaque mouvement est amené jusqu’à sa forme la plus aboutie qui entraine la mort du danseur. L’idée de base est que chaque icône créée par notre système social connaît une fin douloureuse une fois sa mission remplie, et chaque nouvelle icône n’est qu’une nouvelle version de la précédente, à peine modifiée. Un des aspects significatifs de Icons réside dans la contribution de Serge Adam. Il a composé sa musique sur la chorégraphie, il a construit une structure répétitive et progressive sur des sons électroniques en même temps qu’il improvise sur scène à la trompète. Sa présence et ses déplacements sur scène rompent la relation traditionnelle entre danseur et musicien. Serge Adam sur scène est un des éléments de la chorégraphie. A remarquer également, les éclairages de Lutz Deppe. Il joue avec le visible et l’invisible des silhouettes, aussi bien qu’avec la profondeur et le relief du plateau. Sa technique pour porter les icones, pour les aider à se construire et à disparaître en même temps que la présence des acteurs sur la scène, repose sur un jeu subtil entre ombre et lumière. Par la chorégraphie, la musique et les couleurs particulières des jupes renforcées par les éclairages, le corps est ici représenté dans son dilemme d’existence en tant qu’individu et son obligation de relation sociale, en existant comme un organisme sophistiqué et vigoureux relié aux notions de rituel, de tradition et de religion.

D'après Isin Onol